POURQUOI NOUS PAYONS DES IMPÔTS ?
Par norena le samedi 31 mars 2007, 09:25 - Présidentielles - Lien permanent
RÉPONSE DE MARIE-GEORGE BUFFET
À LA REVUE " ALTERNATIVES ÉCONOMIQUES "
L’appel lancé par la revue Alternatives économiques « Pourquoi nous consentons à l’impôt » réagit à la campagne démagogique, inspirée des recettes ultralibérales, considérant la baisse des impôts et des dépenses publiques et sociales comme l’alpha et l’oméga de toute politique économique.
- A juste raison, cet appel reconnaît le besoin d’un « niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme ».
- Pour ces raisons, les signataires de cet appel considèrent que l’impôt sur le revenu et l’impôt de solidarité sur la fortune sont légitimes. Ils estiment également qu’un impôt progressif sur les successions est justifié.
- Je partage pleinement ce souci, tout en notant que l’appel, à mon avis, sous-estime les ravages engendrés par les marchés (marché du travail avec son chômage de masse et sa précarité galopante, marchés financiers et leurs exigences folles de rentabilité financière, concurrence « libre et non faussée » au cœur de toutes les politiques de privatisation des services publics, marchandisation de tous les domaines de la vie, etc.).
- Je pense que les défis à relever appellent à aller au-delà de simples corrections.
Dans cette perspective, une relance des dépenses publiques et sociales comme une réforme des prélèvements seraient donc nécessaires. Elles devraient, selon moi, viser deux objectifs : la justice et l’efficacité sociale.
Ainsi, j’affirme qu’il faut augmenter les dépenses publiques pour la santé, l’éducation, la recherche, la culture, le logement social… Ces dépenses ne sont pas des « coûts » pour la société, mais au contraire la condition de son développement. De plus, utilisées sous le contrôle des citoyens et des élus et parallèlement à une mobilisation nouvelle du crédit, ces dépenses publiques engendreraient plus de croissance, et donc de recettes publiques.
Comment financer ? Je propose de rendre l’impôt plus juste, plus incitatif à la croissance de l’emploi et de richesses réelles, plus dissuasif pour les opérations et les placements financiers.
Pour les ménages, je propose de réduire la part de la TVA – si injuste – et d’accroître graduellement celle des prélèvements progressifs : impôts sur le revenu et sur la fortune (ISF). Je propose un barème de l’impôt sur le revenu avec 10 tranches et la remontée du taux marginal à 55 %. Les revenus financiers du capital, largement défiscalisés, seraient soumis à l’impôt progressif. Je propose de supprimer le « bouclier fiscal », qui vise à réduire l’ISF, de doubler le taux de celui-ci pour les tranches de patrimoines de 750 000 à 1 200 000 € et de le tripler au-delà.
L’impôt sur les sociétés doit être revalorisé par la suppression graduelle des zones franches et des régimes dérogatoires. Son taux serait relevé pour les bénéfices placés sur le marché financier. Pour les bénéfices réinvestis, il serait d’autant plus abaissé que l’investissement programmerait plus d’emplois et de formation. Les actifs financiers des entreprises et des banques seraient assujettis à la taxe professionnelle. Enfin, il serait proposé à nos partenaires européens des mesures communes de lutte contre le dumping fiscal.
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